Ebola : comment la technologie HealthLink pourrait renforcer la riposte
Un dossier qui voyage avec la personne, des messages là où les équipes sont déjà, et des rapports qui ne repartent pas d’une pile de fiches.

À lire d’abord. Cet article décrit une façon d’appuyer une riposte. HealthLink n’a pas été déployé lors d’une épidémie d’Ebola. Il complète les équipes et les logiciels des autorités sanitaires. Il ne les remplace pas.
Le papier ralentit le suivi
Couper une chaîne de transmission Ebola repose sur un suivi serré. Une personne exposée est identifiée, puis revue pendant 21 jours après sa dernière exposition. Si elle tombe malade, elle doit être isolée sans attendre.
En pratique, une partie de ce travail tient encore sur des fiches. Une fiche perdue, un nom mal recopié ou un rapport saisi trop tard, et un contact disparaît du suivi. Lors de la dixième épidémie en RDC, plus de 250 000 contacts ont été enregistrés, mais le suivi quotidien est resté bien en deçà de l’identification. La RDC dispose déjà de DHIS2 pour les alertes, les cartes et les rapports. L’enjeu est d’y faire arriver des informations justes, plus vite, sans ressaisir le papier.
Ce que HealthLink fait déjà
HealthLink, décrit sur gethealth.link, est un dossier médical numérique qui grandit avec la personne. Le patient crée son profil. Les soignants y ajoutent les consultations. Le même profil porte les allergies, les traitements, les maladies chroniques, le groupe sanguin, le contact d’urgence et une note.
En situation d’urgence, un soignant scanne le bracelet ou la carte depuis la page d’urgence. Il obtient ces informations essentielles sans chercher un dossier papier, et sans que la personne ait à les dicter. Le propriétaire du support peut être informé du lieu du scan.
WhatsApp, pour parler là où les gens sont déjà
HealthLink envoie déjà ses rappels et ses alertes sur WhatsApp, depuis son numéro officiel. Cela couvre les rappels de médicaments, les rendez-vous, les notifications de suivi et les alertes. On peut aussi écrire à ce numéro pour poser une question sur le service. Le détail est sur l’article WhatsApp.
Dans une riposte, ce canal éviterait une partie du papier. Un rappel de visite, une alerte ou une consigne de suivi arriverait dans une conversation que l’agent ou le contact ouvre déjà, au lieu d’une fiche à transporter puis à ressaisir. Le dossier, lui, resterait dans le profil numérique. WhatsApp porterait le message. Il ne deviendrait pas le dossier médical.
Un bracelet pour savoir de qui on parle
Le bracelet et la carte portent un QR code et une puce NFC. Un scan ne livre pas tout le dossier au hasard : il retrouve le code santé de la personne, puis le résumé autorisé. Le bracelet n’a pas à être réimprimé quand le profil change. Il pointe vers la version à jour.
Face à Ebola, cet identifiant réduirait les doublons et les confusions de noms, du centre de santé jusqu’à l’unité d’isolement. Le même code relie les visites, les résultats et le suivi à une seule personne.
Des rapports sans repartir des fiches
DHIS2 reste l’outil de suivi et de rapport des établissements. HealthLink peut lui fournir le résumé du patient en FHIR R4, pour un programme Tracker, une fois qu’une règle de correspondance est écrite pour chaque champ. Les coordinateurs produisent alors leurs rapports dans DHIS2, à partir de données déjà structurées, au lieu de consolider des piles de fiches.
Le scan retrouve la personne suivie sans ouvrir tout le dossier. L’écran de soins, lui, peut rester dans le logiciel clinique, par exemple OpenMRS. DHIS2 n’a pas à devenir le dossier au chevet du malade.
Lire les données entre logiciels grâce à FHIR
FHIR R4 est la norme qui relie ces pièces. Un établissement autorisé reçoit un accès, scanne le bracelet, puis lit le résumé d’urgence : identité, contact, groupe sanguin, allergies, maladies chroniques, médicaments et note. L’adaptateur FHIR de DHIS2 peut lire ces éléments et les verser dans son programme de suivi. OpenMRS, Bahmni ou un autre outil compatible FHIR peut lire le même résumé et l’enregistrer dans le dossier clinique.
La documentation est publique : gethealth.link/integration et HealthLink et DHIS2.
Comment cela s’enchaînerait
- Un cas est confirmé. Ses contacts sont inscrits dans un profil HealthLink.
- Chaque personne suivie reçoit un bracelet, qui porte son code santé.
- Les rappels de visite et les alertes partent par WhatsApp. Le détail clinique reste dans le dossier numérique.
- En urgence, un scan ouvre le résumé, sans fiche papier.
- DHIS2 lit ce résumé via FHIR et alimente le suivi et les rapports.
- Les coordinateurs voient qui n’a pas été revu, et envoient les équipes.
Ce qu’il faut garder
- Confidentialité. Ces données sont sensibles, surtout quand la maladie stigmatise. Le consentement, les accès limités et le chiffrement restent obligatoires.
- Gouvernance. Les autorités sanitaires gardent la main sur le suivi et les rapports.
- Inclusion. Tout le monde n’a pas WhatsApp. La visite en face à face et le papier doivent rester possibles.
- Essai. Un pilote avec les équipes de terrain doit précéder tout usage en riposte. L’indicateur simple est la part des contacts réellement suivis pendant 21 jours.
Et maintenant
Nous cherchons des autorités sanitaires, des ONG, des équipes DHIS2 et des soignants de terrain pour tester cette chaîne avec eux, sur un périmètre limité.